vivants nous bougeons
le bout d’une main déjà
dans la mort nous
pratiquons les chants de
ceux qui nous maintiennent
vivants sans limite avec
ce peu d’énergie qui
du début à la fin souligne
juste ce qu’il faut sous
la langue avec laquelle
nous agissons depuis le mort
non que nous sommes mais
le mort que nous serons le
présent sans arrêt nous
le portons sur les épaules
avec une lumière qui
rayonne encore lorsque
tout est fini et qu’il s’agit
de remettre les compteurs
à zéro le passé et l’avenir
sont les deux faces d’une
même feuille de papier
sur laquelle nous rêvons du
bout des doigts d’un
côté ou de l’autre du
rectangle précis qui
délimite l’instant ses bords
ne plus savoir si demain
est hier ou bien hier demain
quand tout désormais
dans un papier froissé
même dépliant doucement
ne se voit jamais que
le réel nu avec
la vie la mort j’ai tout
dans ma brouette et mes
yeux je les offre le silence
appartient à ceux qui
le parle c’est une nuit
où toute chose est audible je
grimpe dans un pommier
j’aperçois le monde avec
sa collection d’horloges ses
coucous démantelés ils
jouent au pied l’arbre ces
milliers d’oiseaux ils
fusent plus vite que
le poème ils posent un
peu d’éternel en taillant
dans l’éphémère ou bien
secouent sans y songer
ces paniers éphémères
d’éternités brisées nous
penchés à la fenêtre d’un
mort observant à jamais
tant de lumière tant de
vibrations infimes autant
de raisons d’exister les poings
serrés pas loin des yeux sur
un rebord expliquant tout
va bien oui tout
va bien nous en sommes
là du voyage un hôtel
par jour une nuit par
siècle les yeux bandés les
chevilles attachées les
gestes dirigés vers
nombre de nos ancêtres
ou de nos descendants leurs
grands yeux de toujours
avant même le début de
ce qui bouge et
fait corps de silence les
petits objets de parole
suspendus là juste
sous le cou en arrondi
captent bien la lumière
dans une ombre qui
se donne pour image et
tout est là tout s’en va
la parole encore elle
s’élève quand elle descend
et pleure quand elle rit
et prend cet escalier qui
mène au royaume des morts
cet escalier sans bruit
qui descend vers le ciel